« J’ai soif ! »

(actualisé le ) par Nicolas RAGOT & Nadège GIGAN

Mercj Benjamin


Il y a bien longtemps déjà que les bouteilles ont pris possession des abords de tatami auprès des zoori ou des sacs des budoka et pourtant... les dojos dans lesquels nous transpirons, nous ne buvons pas. En tout cas, pas en dehors des pauses collectives aménagées à l’occasion de cours particulièrement longs et généralement pas même dans le dojo.

Encore une pratique, un comportement à contre-courant… encore une fois l’exemple ne suffit pas, il faut expliquer, donner les raisons de ce qui semble anti-productif et même déraisonnable car vous lirez ici et là que : perdre 1% de l’eau de notre corps nous fait décroître de 10 % nos performances. Mais cela concerne-t-il ceux qui, comme nous, se moquent des performances, des records et autres niaiseries ?

Assoiffés ils rétorquent


Obsessionnel : « … j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif ... »
Angoissé : « j’ai soif, c’est risqué ? Je suis sûr qu’il y a des risques. J’ai soif »
Doctoral : « il ne faut pas attendre d’avoir soif pour boire, moi j’ai pas soif, je bois, c’est physiologique, j’attends pas qu’j’ai soif ! »
Cérébral : « je pense donc j’ai soif, je me connais, et là, il faut que je me réhydrate, j’ai soif »
Challenger : « Jamais je tiendrais aussi longtemps que les autres si je ne bois pas ! j’ai soif »
Egocentré : « moi, je m’en fout des autres, moi je sais, moi j’ai soif ! »

De quoi avoir les esgourdes asséchées...

Toi, l’obsessionnel, tu focalises tes pensées sur cette sensation : « tu te fixes, non ? Ne rates-tu pas l’objet de la pratique ? C’est ton esprit qu’il faut vider »

Cher angoissé, tu as peur : « c’est la compagne des pratiquants de budo, n’est-elle pas mère de la confusion ? de l’ignorance ? Ne fait-elle pas croître ta soif ? Ne biberonne plus au sein de cette marâtre »

Doc’ tu te connais déjà : « accueilleras-tu la surprise ? As-tu encore quelques choses à apprendre ? Tu es déjà plein, tu ne peux plus trinquer »

Descartes, tu aimes conjuguer le verbe savoir : « Peux-tu accueillir l’idée que la pensée est source d’illusion ? Ta table rase n’étanchera pas ta soif d’un JE »

Champion, tu veux faire aussi bien ou mieux que les autres : « tu revendiques en quelque sorte la division, la compétition. Cela te semble-t-il compatible avec l’ Aïki ? Jamais ta coupe ne te désaltérera »

Narcisse, tu te moques du groupe et des conséquences de ton comportement : « cela ne ressemble t-il pas à la victoire de l’ego ? Tu ne bois pas, tu te noies »

« J’ai soif... »

« Tu vas finir par nous soûler »


Tu peux t’asseoir quelques secondes, quelques minutes, reste avec nous , ne perd pas le lien avec le groupe... c’est l’occasion de placer ta respiration d’observer où tu en es physiologiquement et psychologiquement.

Tu peux aller au bout de la pratique… l’épuisement est un chemin, la soif, la fatigue sont des contraintes dont nous ne pouvons faire l’économie. Pour qui veux comprendre, découvrir ce qui se cache derrière MISOGI, KOKYU, il faudra dépasser l’ordinaire .

Tu as eu ton compte, tu sens qu’à partir de maintenant tu deviens un danger pour toi, pour les autres, tu sens en toi la joie d’avoir pratiquer. Réjouis-toi , préviens l’enseignant, salues et sors du tatami pour boire. Ce choix est difficile, sauf si sortir n’est pas abandonner mais reconnaître que nous sommes aller au bout de la pratique physique aujourd’hui. Qui plus est tu peux rester tranquillement au shimoza pour pratiquer mitori geiko.

Ceci dit :
N’oubliez pas de boire avant et après la pratique, faites part d’éventuels problèmes de santé à celui / celle qui conduit le cours. L’eau est une composante essentielle de Misogi, l’eau de boisson, des ablutions et de la sueur sont indissociables du nettoyage du corps et du cœur, boire devient un acte extraordinaire.
Et surtout, n’oublies de poser des questions...

Nicolas Ragot


J’ajoute à tes explications sur la portée des arts martiaux dans l’existence de l’Homme :

Qu’il faut Être capable de sortir du « moi je » , du « je sais », du « j’ai peur » , du « j’ai besoin »... pour entrer dans un état de conscience modifié, se vider de l’inutile.

Le sens qui se cache derrière le : «  sortir pour boire  » :

  • c’est l’excuse, prétendre qu’il y a quelque chose de vitale qui se joue :
    • Pour sortir de l’état de conscience
    • Pour se reposer
    • Pour exprimer un désaccord...

Mon expérience :
Je ne bois pas sur 10 à 20 km de course à pieds. Avant et après oui pendant, je n’en éprouve pas le besoin.

Un cours de budo de 1 à 3 heures ne nécessite pas cette rupture pour boire.

Djabali Renaud
Article au format PDF