Alexandra David-Néel

(actualisé le ) par Nicolas RAGOT & Nadège GIGAN

Dans ce document, Alexandra David Néel répond aux questions qui lui sont posées avec précision et un soupçon d’impertinence.

Je me souviens d’une certaine biographie de maître Ueshiba où l’on prétendait que la fin de sa vie rimait avec déclin du maître, de son aïkido (sous entendu sportif). je suppose que ceux qui écrivent et mettent en ligne cela verrons dans ce document de l’INA le déclin d’une des plus grandes exploratrices et spécialistes des bouddhismes parce qu’elle ne peut plus arpenter les plus hauts sommets.

Pour les autres, la philosophie bouddhiste suppose que vous ne développiez pas d’attachement mais là, vous risquez de tomber amoureux de la vieille dame et de ses yeux perçants d’exploratrice.


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Extrait page 167,168 ,169, « LE BOUDDHISME DU BOUDDHA » d’Alexandra David-Néel :

« (…)La défense de tuer n’est pas comprise par les Bouddhistes de la même manière que par les Juifs et par les chrétiens qui la tiennent du Décalogue de Moïse.
Ceux-ci admettent tant d’infractions à ce commandement qu’il devient à peu près inexistant. D’abord, d’après eux, la prohibition ne s’applique qu’aux hommes ; il est licite de tuer les animaux pour s’en nourrir ou même simplement par plaisir, comme dans les chasses où l’on tue des bêtes que l’on ne mange pas : renards ou autres. La peine de mort infligée aux criminels leur paraît aussi tout à fait légitime. Il ne leur vient pas à la pensée que leur acte est plus odieux que celui de l’assassin lui-même, car celui-ci peut avoir été poussé au crime par des raisons qu’eux n’ont point et, dans tous les cas, l’homme qui a tué illégalement, l’a fait en jouant sa vie, tandis que ceux qui le font assassiner légalement, ne courent aucun risque, ce qui entache leur acte d’une certaine lâcheté. Plus encore l’exécution d’un criminel s’accompagne de sentiments bassement vindicatifs et d’une cruauté sadique qui ne lui laisse guère d’excuse. Si l’on estime qu’un individu est un danger permanent pour les autres hommes et que l’on croie _une opinion très contestable _qu’il lie suffit pas de l’enfermer pour la vie, comme on le fait pour les fous dangereux, afin de l’empêcher de nuire, l’on pourrait, du moins, le supprimer, à son insu, elle des méthodes qui lui épargneraient l’agonie prolongée de l’attente de l’exécution et celle-ci elle-même, effectuée alors qu’il est pleinement lucide.
Les précautions prises pour empêcher un condamné à mort de se suicider, ou le fait de le soigner s’il devient malade et de s’obstiner à l’empêcher de mourir pour avoir la satisfaction de le tuer quand il sera guéri, sont des aberrations que l’on considérera dans les siècles futurs, avec une horreur semblable à’ celle que nous inspire le souvenir des chambres de torture d’autrefois.
En dehors de l’exécution des criminels, le meurtre est encore considéré comme légitime à la guerre et dans le cas où l’on est soi-même menacé d’être tué. Il est difficile de contester que l’homme qui vit en société avec d’autres hommes et qui jouit des avantages que leur collaboration lui procure, ait le devoir de défendre cette société si elle est attaquée ;_ il faut pourtant qu’elle lui ait, véritablement, procuré des avantages. Quant à la défense personnelle, quiconque n’est ni un saint, ni un sage, a le droit de tenir à la vie.
Où de nouvelles aberrations se font jour, en Occident, c’est dans l’excuse des crimes dits passionnels. Un assassin que guide le désir de s’approprier de 1’ argent pourrait, peut être, devenir un « honnête homme » s’il se trouvait dans l’aisance, mais le crime passionnel dénote, chez celui qui le commet, l’existence de tendances pernicieuses capables de se réveiller à n’importe quel moment et de le porter à de nouveaux crimes. C’est un fou de l’espèce la plus dangereuse qui ne devrait jamais être conduit devant un tribunal, mais être, immédiatement après son crime, interné, pour la vie, dans un asile d’aliénés.
Les idées que je viens d’énoncer ne sont pas nouvelles et je n’ai garde d’en revendiquer la paternité ; je tenais seulement, en les rappelant à la mémoire du lecteur. à mettre en évidence la grande différence qui existe entre l’interprétation sémitique (juive ou chrétienne) de la défense de tuer et celle que lui donnent les Bouddhistes.
Unanimement, tous les Bouddhistes admettent que le commandement est formel : l’on ne doit pas tuer, l’on ne doit rien tuer, ni êtres humains, ni animaux ; l’on ne doit jamais tuer, quelles que soient les circonstances où l’on se trouve, les dangers que l’on court. ou les causes qui vous incitent au meurtre.
Le commandement n’est d’ailleurs pas arbitraire, il dérive de raisons que les Bouddhistes trouvent convaincantes. Leur propre amour de la vie permet aux laïques de mesurer l’attachement que les autres êtres éprouvent pour elle et, comme l’on n’est véritablement un Bouddhiste que si l’on a un cœur compatissant, les fidèles laïques considèrent, avec horreur, l’acte d’infliger à autrui la douleur physique et mentale que cause la perte de la vie. (…) »


Alexandra David Néel racontée

Voir en ligne : Biographie d’Alexandra David-Néel