Sans forme ni chemin
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Kata sans forme

jeudi 2 juillet 2009 par Nicolas RAGOT & Nadège GIGAN

ITSUTSU NO KATA


五の形


Formes des cinq éléments


Les 5 éléments/principes ne sont pas étrangers à ceux qui ont étudié le bouddhisme avec attention ou simplement lu GO RIN no SHO (le livre des Cinq roues de Miyamoto MUSASHI)

Philippe et moi-même, nous sommes penchés de nombreuses fois sur ce kata et les principes qu’il illustre. Cependant le temps et les opportunités ont manqué pour que nous puissions en faire une série de stages pluridisciplinaires, j’ai même voulu démontrer où me menaient les interactions entre ce judo royal et les budo dans un récent stage. Mais comme la parole revient aux pratiquants, le stage fut consacré à tenter de répondre aux questions émergentes en début et au cours du stage, plutôt qu’à l’étude que j’avais minutieusement préparé [1].

Alors plutôt que jeter, comme j’ai l’habitude de le faire, mes réflexions, j’ai fait le choix de rédiger cet article sans toutes fois tout dévoiler (de toutes façons, il aurait fallu que nous puissions illustrer le propos avec nos corps, de plus, je n’ai nullement la prétention d’avoir moi-même réussit autre chose qu’entrapercevoir un peu de la vérité véhiculée par le kata…) ; parce que quoique je fasse, ce sera à vous de faire l’effort nécessaire pour lever le voile en son entier.

Premier contact avec le kata

Il faut mesurer la chance de le voir exécuter par Mifune Kyuzo « LE » génie du judo… mais en voyant le film, peut être le ressentirez vous comme une bizarrerie alors qu’il n’est guère plus bizarre qu’une vidéo de O sensei .

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Une fois la première visualisation passée et son lot d’émotions et après une nouvelle, une n-ième visualisation, nous pouvons nous questionner un peu.
Le kata permet-il d’incarner au niveau de microcosme qu’est notre corps les grandes énergies/éléments qui régissent le macrocosme/l’univers ?
S’agit-il d’une méthode d’incarnation, d’entrainement à incarner ces principes ? S’agit-il d’une démonstration de la réalité martiale, de ces concepts devenus vivants ? Laissons de coté la question stupide qui consisterait à se demander si le kata tel qu’il est effectué sur la vidéo est ou non efficace pour la bagarre ou la compétition…

Ce kata est une chance à saisir

J’ai pu lire ici et là que Jigoro KANO s’est éteint sans donner de nom technique à chacune des formes. De la même façon que O Sensei se refusait me semble-t-il à formaliser son enseignement [2] (le rendant d’ailleurs incompréhensible à qui ne cherche qu’efficacité martiale). Pour nous aïkidoka, c’est une chance inestimable et inespérée qu’un kata inachevé, un kata sans forme existe, et mette en scène ces grands principes.
Mifune KYUZO et ce kata (considéré comme le cœur du judo) ont définitivement fini de me réconcilier avec le Judo traditionnel. Les pensées de Ueshiba et de Kano sont plus compatibles que ne le laisse penser le judo de compétition. Il s’en suit de ce qui est dit plus haut que les techniques « choisies » par Mifune Kyuzo sensei ne sont que des possibles parmi d’autres possibles. Saisissez cette chance et substituez les techniques de judo par celle de l’aïkido, tai jutsu ou buki waza… (Je n’expose pas ici ce que seul le geste rendrait intelligible).

Encore un mot sur « Kata », dans le cadre d’un travail comme celui-ci, il convient de ne pas tenter de vérifier si les techniques sont effectives mais plutôt d’orchestrer correctement la situation afin que le principe mis en œuvre nous apparaisse de façon limpide. Car une fois que vous aurez sélectionné (judicieusement) quelques techniques, quelques formes pour chacun des éléments, la discussion, si discussion il doit y avoir, devrait s’orienter non sur la technique mais la situation d’étude : car un kata ne peut ; ne doit pas rater ! Il est le fruit d’une étroite coopération. De cette coopération, de nouvelles qualités pourront prendre racine en chacun des protagonistes.

Vous verrez que les propos qui suivent, mêlant micro et macrocosme, parleront aux budoka.

Les 5 éléments [3]

1er élément : la terre

CHI / tsuchi

Principe de la concentration d’énergie, c’est une Poussée continue qui illustre qu’une force utilisée à bon escient et rationnellement sans interruption mène au déséquilibre ( kogeki ho tai jutsu / buki waza, irimi choku sen…).

2ème élément : le feu

KAA / Hi

Principe de la non-résistance, l’aspiration au moment juste permet la maîtrise de l’attaque en utilisant la force de l’adversaire d’Uke (tenkan, uke nagashi, uke gaeshi, hiraki…).

3ème élément : le vent

FUU / kase

Principe des forces centrifuges, la séparation de deux forces qui tournent l’une autour de l’autre, ne se rencontrent pas, elles se repoussent mais une des deux forces a établi un centre stable (kokyu nage, en no irimi…).

4ème élément : l’eau

SUI / mizu

Principe du flux et du reflux , du pendule, une vague arrive, sur le rivage marque un temps de battement/une respiration puis se retire en emportant le partenaire sur son passage (in/yo, omote/ura, ameno tori fune …).

5ème élément : le vide

KU / kara

Principe du vide , de l’inertie, de l’instantanéité , la victoire au-delà du temps , la stabilité-vide la collision des deux forces semble inévitable mais pourtant elle ne se produit pas (l’étude de Katsu haya hi de maître Ueshiba , de fudôshin doit s’imposer à vous ici).

Je vous laisse à votre étude, merci de votre attention, j’attends le résultat de vos recherches.

Voir en ligne : Démonstration de Judo par Jigoro Kano et Kyuso Mifune

P.-S.

Je n’ai pas voulu offrir à vos réflexions une description technique du kata, pour ceux qui le désirent, elles abondent sur la toile.



Notes

[1Les 4 règles de base de la sociocratie :

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Les 4 règles de base de la sociocratie

Pour comprendre un peu plus quelques fondations qui inspirent la démarche concernant la prise de parole , la direction de cours , le fonctionnement administratif etc...

[2Ce sont ses « successeurs » , Kisshomaru en tête qui ont systématisé l’enseignement technique de l’aïkido même si cela est en contradiction avec les préceptes philosophiques, ontogéniques (takemusu) de l’aïkido ; quelques maîtres font encore vivre la prédominance du fond conceptuel et non-violent de l’aïkido dans leur pratique et enseignement, l’exemple que je connais le plus, le plus éminent est TAMURA shihan ; je crois que l’intention du maître quant à l’absence de forme fixe pour faire apparaître le fond, pour éviter que nous ne fixions notre attention sur la performance technique est évidement délibérée.

[3Vous veillerez à ne pas les confondre avec les 5 mouvements du taôïsme (Gogyö), qui sont printemps/bois, été/feu, inter-saison/terre, automne/métal, hiver/eau, qui procèdent d’une autre logique, méfiez vous toujours de ceux qui tiennent facilement les propos du style « tout est en tout », « tout est équivalent ». Ils ne font souvent rien qui soit consistant, ils se fourvoient eux-mêmes et en faisant régner le flou dans leur propos, ils contaminent leur entourage. De notre coté, nous faisons et défaisons les stages pluridisciplinaires mais depuis les premières heures, nous sommes restés vigilants afin d’éviter d’amalgamer les différents arts.

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